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samedi 15 août 2020
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Hommage au Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly

Hommage au Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly

Hommage au Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly

LA LETTRE A COLETTE Amadou, l’autre GON. Nous avons eu sur notre trajectoire des amis ou des compagnons dont il nous a été impossible de nous défaire malgré les condamnations de nos collègues, parents et épouses. Que n’entendons-nous pas souvent « tu as vu quoi sur lui » ? Et l’histoire seule sait ce que vous avez « vu sur lui ». Tel est le type de rapport, de complicité, et de secret qui liait Ouattara et Gon.

Il n’a pas été des profiteurs de la seconde heure, c’est Ouattara qui a voulu profiter de lui et qui l’a appelé à ses côtés. Lorsqu’il est rentré au pays en 1982 avec son diplôme d’ingénieur, il est rentré aux Grands Travaux sur les conseils de Albert Kacou Tapani. Au début des années 90, Gon était un pion essentiel dans le dispositif de Serey Eiffel. Ouattara convaincra Eiffel de « lui donner » Gon à la primature. Après la « bataille de 93 », Ouattara rejoignit Candessus au FMI, et Gon retourne aux Grands Travaux. il est nommé DGA de Tidjane Thiam
C’était trop beau pour que la « guerre » reste définitivement ainsi. Un petit noyau grossira alors autour de Djeny et Dagri. Il est composé de Ayé Alexandre, Amadou Soumahoro, Malan Jean, Coty, Badobré pierre, Diawara Mamadou, Enize Kanaté, Gon Coulibaly… C’est ce noyau qui déléguera une équipe dirigée par Gon pour convaincre Ouattara de revenir au pays et diriger le mouvement naissant. Lorsque Gon s’est pointé à l’angle de la rue 1900 Pennsylvanie avenue (bureau et résidence de Ouattara), l’ancien premier ministre n’en croyait pas ses yeux. Les images graves de la succession encore fraîches dans sa mémoire l’amèneront à décliner l’offre. « Et pourtant, il te faut réchauffer les crampons » insistera Amadon Gon. Toujours fin de non-recevoir pour Ouattara. L’équipe continuera dans « l’agacement » et finalement Ouattara abdiqua.
Voilà comment officiellement a commencé l’aventure politique entre Ouattara et Gon. Mais Ouattara insiste pour que tout se face de manière constitutionnelle. Attendons 1995. Mais Bédié ne veut rien entendre. Après avoir corsé les textes, les doyens du continent sont mis à rude épreuve pour discuter avec Ouattara. « Ils réussiront à dissuader Ouattara d’aller jusqu’au bout de sa candidature, en échange de la promesse qu’il pourrait entrer en lice en 2000. » ( Stephen Smith in Le Monde du 1 décembre 1999). Front Républicain avec Gbagbo, boycott actif… Gon est arrêté le 27 octobre 1999. le 12 juillet 2000, Amadou Gon est encore remis en prison par Guei au camp commando de la gendarmerie de Koumassi en compagnie de 3 autres Coulibaly : son oncle Laciné Coulibaly, Aly Coulibaly et Sangafowa Coulibaly (…).
Cette année 2000 rouvre les plaies familiales mal cicatrisées des Gon Coulibaly au nom de Alassane Ouattara. En effet, Amadou Gon Coulibaly le fils de l’ancien vice-président de l’assemblée nationale affronte Kassoum et Ousmane Coulibaly tous frères de son père. Amadou Gon Coulibaly va « corriger » copieusement ses « géniteurs » et prendre le contrôle de la mairie de la ville. Pour laver l’affront avant sa mort, Kassoum Coulibaly va préparer son frère Issa Malick (un autre oncle d’Amadou Gon Coulibaly).
C’était mal le connaitre. Le 27 novembre 2009, nous sommes à la mosquée de Korhogo. La grande prière de tabaski vient de prendre fin. Le préfet Augustin Tahan donnera la parole à Issa Malick du FPI pour qu’il s’adresse aux fidèles. Amadou Gon trouvera inapproprié l’intervention et s’interposera par tous les moyens à l’intervention de son oncle. Même les larmes de l’imam Cissé Gaoussou ne l’en dissuaderont pas. Selon plusieurs témoins, l’oncle et le fils se seraient battus comme des enfants face aux fidèles.
Il serait incorrect de réduire à ces faits l’homme Amadou Gon. Alors, depuis le Golf Hôtel, qui mieux que lui pour rester au petit soin du père ? Il a fait preuve d’une implication totale dans la lutte, d’un don de soi, et d’une fidélité jamais égalée à Ouattara. Farouche opposant à l’incohérence dans le travail, il a d’abord pris en main le filtrage des entrées au palais du plateau: tous ceux qui avaient pensé que l’arrivée de Ouattara au pouvoir était le moment idéal pour importer à la présidence leur « moribayassa, Kroubi, didadi ou Tèguèrafiri » ont été refoulés avant même le premier check-point, ensuite, toutes les demandes de rendez-vous mal écrites issues de grands groupes ou de particuliers avaient formé sur son bureau l’image d’une tour miniaturisée à plusieurs étages. Ce sont ces bassesses et incongruités des gens qu’ils refoulaient qui lui ont prévalu le pseudo de coupeurs de route, de méchant.
Travailleur de l’ombre, il a été la matérialisation du shadow-officer au sens propre. Il est évident que cette attitude a joué contre lui lors de sa désignation, cependant il a compris trop tôt que quand on est venu accompagner un père dans sa tâche, il est louage et politiquement correct de s’effacer à son profit.
Lorsque Ouattara arrive aux affaires en 2011, les fonctionnaires de Côte d’Ivoire mettront sur la table les revendications liées aux glissées catégorielles, aux stock des arriérés… le second premier ministre (prompt rétablissement à lui en Allemagne) de Ouattara, juriste de son état aura le courage de dire et je cite « Nous n’appliquerons aucune des décisions farfelues de Gbagbo » C’est ainsi que tous les ministres qui se succéderont refuseront d’analyser ce dossier. Amadou s’est saisi de cette affaire et constatera qu’un document mensonger datant du conseil des ministres du 5 mai 2014 circulait et indiquait que les fonctionnaires avaient renoncé au stock contre le retour des avancements. Il s’est excusé auprès de l’ensemble des fonctionnaires pour le dysfonctionnement constaté et a commencé le paiement du stock des arriérés.
Houphouët a eu Yamoussoukro et les baoulé en fardeau, Gon a eu les senoufo et korhogo (littéralement Héritage) en héritage. De mémoire d’ivoirien, aucun fils du nord ne s’est tant sacrifié pour les siens et sa patrie. Selon certaines indiscrétions, il aurait tellement fait émergé des Coulibaly (sénoufo) au détriment des Bakayoko (Kôyaka) que l’on a assisté à des grincements de dents en 2016 dans plusieurs services administratifs. On lui attribue aussi la proposition du détachement de l’URES pour sa transformation en pleine université indépendante de Korhogo, idem pour la 6ème compagnie GSPM crée le 6 mai 2014 à Korhogo.
Houphouet a dit aussi d’éviter de lorgner les lèvres de celui dont la bouche était pleine d’arachide. « Profitant donc des instants d’inattention de Ouattara », le budget de fonctionnement de la mairie de Korhogo se serait confondu avec le PPU. Résultat, du bitume jusque dans les plantations d’anacarde (on refermera rapidement ce chapitre, le corps dégage encore de la chaleur), concernant les rares weekend qu’il s’octroyait pour se reposer, il narguait tous ceux qui prenaient la route d’Assinie. Pour lui, c’était Korhogo ou rien. Enfin tous ceux qui ont eu le privilège de monter dans sa voiture de commandement, c’était la musique du balafon sénoufo jusqu’à la destination. Bref, Gon fut un vrai patriote senoufo.
Hélas, la vie de Gon, c’est aussi des ratés, et là, nous parlerons prochainement de l’autre Gon, morceaux choisis :
Avait-il une structure de communication et de comportementalisme (behaviorisme) huilée à la tâche ? Si oui, il lui aurait indiqué que l’homme politique doit ôter son manteau naturel pour celui de la « tricherie » à outrance dans l’apparence. Hélas, il n’a commencé à sourire avec les gens que lorsqu’il a été installé dans le fauteuil du dauphin. Son aspect ressemblait à celui d’un homme pressé de se « débarrasser » des gens pour aller travailler.
En outre, au moment où certains de ses challengers ont commencé (2011) avec des amitiés dans le milieu des artistes, des sportifs, dans la presse pour revenir sur ses actions, lui était dans la marge. Ancré dans la pure tradition africaine, il gérait ses services tel un chef de village. Tout le monde s’était aligné sur son choix pour ne pas s’attirer le courroux de l’emblématique Ouattara, sinon les limogeages des trois dernières années ne l’avaient pas fait que des adversaires, mais des ennemis silencieux. Enfin, tout porte à croire qu’il niait lui-même la fragilité de sa santé.
2004, diagnostique d’une insuffisance cardiaque, 2012, le résultat est là, au cours d’une mission à Paris en compagnie de Ouattara, il est découvert un autre mal qui nécessite une transplantation cardiaque. Ils sont trois dans le monde à garder le secret jusqu’à ce qu’un donneur compatible soit trouvé : Alassane Ouattara, Gon lui-même et son médecin le professeur Pascal Leprince, chef du service de chirurgie cardiaque de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Même sa mère, et son épouse Aissata n’en savait rien du tout… Après l’intervention qui a eu lieu le 12 juin 2012, il devait se mettre définitivement en marge de beaucoup de taches…. Mais tenez, président du directoire du RHDP, Candidat déclaré du RHDP pour octobre 2020, premier ministre, médiateur dans les conflits claniques, père de famille… et selon l’agenda du jour de son décès, voilà ce que nous avons reçu de source sures : rencontre avec sa mère tôt le matin, direction la primature pour les derniers réglages du conseil des ministres, conseil des ministres, petite réunion avec deux ministres et le vice-président, déjeuner, séance de travail avec le cabinet du ministre de la solidarité, et à 19 heures, entretien avec Didier Drogba, pour quelqu’un qui rentrait d’hôpital…
Bref, lorsque le corps est chaud, on évite certains propos. Je l’ai dit de son vivant et je le répète. En terme de realpolitik logique, Amadou Gon était la meilleure carte de Ouattara, pas qu’il l’emporterait facilement en octobre mais dans le sillage de Ouattara, il était le SEUL. Mais nos réserves se situaient uniquement au niveau de sa santé.
Justement, au sujet de cette santé, que de mensonges. Du 2 mai à sa mort, j’ai entendu le diable se plaindre chez Dieu en disant que certains humains l’avaient dépossédé du brevet du mensonge c’était au sujet de la scénographie, de la mise en scène qui a consisté à peindre la vérité noire avec du blanc, sachant pertinemment qu’on n’aurait même pas besoin de microscope pour découvrir la supercherie.
Don COVID 19, Amadou. Inauguration de caniveau Amadou, soutien aux victimes d’Anyama et Allabra, Amadou… Sachant pertinemment que le pauvre luttait contre la mort. Pourquoi ne nous avoir pas demandé de prier ? en tout état de cause, je ne fais pas de médecin après la mort, j’ai averti ces cerveaux en conflit avec leur propriétaire dans mes trois dernières publications, Helas, j’ai été traité de porte-flambeau des Yèrèlombari.
Si la loyauté et le travail dans l’ombre en politique se faisaient corps, on l’aurait appelé Amadou Gon Coulibaly. Un seul mot MERCI mon unique « poussé-démarrer » Dieu te pardonne tes fautes pour qu’au rendez-vous que tu auras avec lui ce vendredi, il t’installe à sa droite au côté des fidèles du Paradis.
Par: Omar Sanson via son compte facebook
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